LA TECHNIQUE DU VITRAIL

 

L'évolution des techniques permet à ces mosaiques d'abord décoratives de devenir narratives. Grâce à des innovations technologiques la gamme de couleurs utilisées s'étend et le verre opaque et translucide, acquiert une clarté et une transparence qui ne font plus obstacle à la diffusion de la lumière.


Ainsi au XIVème siècle les élements de décor évoluent grâce à l'association de 3 couleurs (noir, brun ou sépia) et par toute une gamme de sels d'argent qui offrent des rehauts transparents ou saturés de différents jaunes (Jaune d'argent). L'artiste verrier peut colorer partiellement le verre en jaune sans recourir à la coupe et à la résille de plomb. Ce jaune d'argent est utilisé pour peindre ainsi des chevelures blondes, des parements de vêtements et les fonds végétaux: sur un verre bleu teint dans la masse, le jaune d'argent permet de composer du vert.


A partir de la Renaissance, l'utilisation d'une teinte transparente et saturée: la sanguine (teinte de carnation) ainsi que des émaux translucides (bleu, vert et violet) permettent la juxtaposition de plusieurs teintes transparentes sur un seul morceau de verre. Les émaux sont des couleurs vitrifiables composées de verre de couleur broyé, mélangé à des borosilicates et à un liant. Le bleu et le vert sont les premières couleurs inventées suivies du violet et du rouge. Cette technique révolutionne l'art du vitrail et celui-ci devient peu à peu un tableau lumineux avec des effets de perspective. A ce titre les verrières de l'église de Montfort en fournissent de très beaux exemples. Alors que vers 1540 le goût pour les verrières en grisaille s'impose dans de nombreuses églises de France, les vitraux de l'église Saint-Pierre éclatent au contraire de mille couleurs...

Ci-contre détail des Tentations du Christ

 

L'utilisation de l'émail

L'église fut construite en plusieurs époques. Succédant à la partie romane, le choeur gothique offrait un ensemble de dix-neuf fenêtres présentant les vitraux les plus anciens et les plus curieux de l'église (certains datés de 1543, 1544). Des piliers furent ensuite rajoutés dans le prolongement du choeur et les fenêtres furent garnies de vitraux dont quelques uns sont datés de 1572, 1573 et 1578, quoique la nef fût encore en reconstruction. Ainsi plusieurs ateliers de maîtres-verriers se sont succedé mais leurs noms sont inconnus. Pour certains historiens il existe un rapprochement avec les vitraux de Dreux, pour d'autres certaines verrières seraient issues de l'école de Beauvais ou Fontainebleau Parmi les 37 verrières, plusieurs se signalent par l'emploi de la peinture à l'émail et on trouve dans cette église les deux premiers exemples français datés (1543-1544) d'émail bleu et violet.

 

 



Exemple d'utilisation de l'émail bleu (verrière de la vie du Christ daté de 1543)

A gauche: exemple d'utilisation d'émail violet (vêtements du christ) et d'émaux bleus. Verrière de l'"ecce homo" daté de 1544, inspiré d'une gravure de Lucas de Leyden.

Ce vitrail montre aussi l'emploi du verre vénitien : lors du soufflage du verre en manchon, des fils ou des perles de verre coloré en fusion sont déposés sur le cylindre. Il en résulte un verre dont la surface se marbre de stries parallèles, rouges le plus souvent. Ce procédé est visible sur les chapeaux des pharisiens ainsi que l'emploi d'émaux et de jaune d'argent.